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L'EXISTENCE APRES LE FILM
FREDERIC BEIGBEDER
Encore une page sur ce maudit Festival de Cannes ? Pour ajouter quoi à l'écoeurement général ? Oh rien, des broutilles. Par exemple, dire que j'ai honte d'y être venu, autrefois, sans voir un seul film. Quel jeune con je fus ! Je voudrais dire à tous les abrutis qui vont à Cannes sans aller voir les films que je les plains. Ce sont eux qui donnent une piètre réputation à ce rassemblement artistique. Ils sont malheureux et nerveux, ils ont la gueule de bois pour rien, ils se sentent vides parce qu'ils se privent d'émotions uniques que même les alccols les plus forts ne pourront jamais leur procurer. A Cannes, j'ai festoyé comme les autres mais je me suis réveillé (presque) tousles matins pour faire le plein d 'images. Liste de mes scènes préférées : dans Up de Pete Docter, le résumé de la vie netière d'un couple en dix minutes; dans Fish Tank d'Andréa Arnold, la petite fille qui serre dans ses bras sa soeur aînée en lui disant "I hate you"; dans Thirst de Park Chang-wook, deux vampires qui se suicident en s 'exposant au soleil levant; chez Ken Loach, une quarantaine de supporters de Manchester, portant des masques à l'effigie d'Eric Cantona, qui détruisent la maison d'un gangster. Le monde n'est intéressant que vu par les yeux des autres. Tarantino m'a déçu, Lars Von Trier aussi, mais même dans leurs films bancals, on peut grappiller des moments de grâce : chez Tarantino, un officier nazi boit goulûment un verre de lait avant de remercier les vaches qui l'ont fabriqué ; chez Lars Von Trier, Willem Defoe fait l'amour à Charlotte Gainsbourg sur un monceau de corps humains, dans une forêt molle. A partir d'aujourd'hui, mon problème va être d'accepter la vie normale, sans événements dantesques, sans rebondissements incongrus. Dieu qu'elle va me sembler plate, l'existence après le film.
+ les 5 êtres de la semaine de Cannes dont Katie Javis et Riad Sattouf
et
"que dire sur les soirées cannoises sans s'y être abîmé la santé pendant quinze nuits ?"
Photo : Vincent Van Gogh
Voici, ci dessous, ce à quoi Frédéric faisait allusion dans la colonne de droite de sa chronique de Voici de la semaine dernière
Et si Van Gogh ne s'était pas coupé l'oreille ? Et si c'était Gauguin, fin escrimeur ?
Deux historiens allemands publient un essai soutenant cette théorie
C'est le polar de l'été. L'intrigue se déroule place Lamartine. Les protagonistes sont des stars de l'art... Selon deux historiens allemands qui publient un essai, Van Gogh ne se serait pas tranché l'oreillegauche avec un rasoir: ce serait Gauguin, fin escrimeur, qui aurait commis l'acte avec un sabre le 23 décembre 1888. Bigre.
Voilà un sacré revers pour la thèse dominante. L'autoportrait à l'oreille coupée, oeuvre de Van Gogh, symbole intouchable du sacrifice et de la folie comme acte fondamental de la création dans l'art moderne en prend aussi un coup.
Le prochain billet montrera Frédéric Beigbeder une dernière fois au Festival de Cannes 2009
LaurEnCerClée